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Mai 2009
…C’est un kaléidoscope qui s’impose pour l’éditorial de ce numéro de printemps. Kaléidoscope de thèmes puisque ce CCSI-Info évoque la conférence de Durban qui vient de s’achever, les velléités fédérales d’élaborer une loi-cadre en matière de politique d’intégration, la question brûlante du mariage des Sans-papiers (voir la fiche ODAE) et une conférence sur l’enfermement des migrant-e-s en Europe. Kaléidoscope de dynamiques puisqu’il vous parle du changement de présidence qui vient de s’opérer au CCSI, et lance par ailleurs un appel aux personnes qui souhaiteraient s’engager bénévolement pour renforcer notre association : nous avons besoin de vos forces pour soutenir le travail du Centre ! Kaléidoscope de nouvelles et de questions, aussi. Le Temps du 24 avril relaie les efforts des autorités françaises pour venir à bout des Sans-Papiers installés sur des campements improvisés à Calais dans l’attente d’un passage clandestin en Angleterre. Ces abris de fortune sont appelés « la jungle ». Par qui ? Ceux qui traquent l’immigration illégale ? Ceux qui vivent dans la peur – celle d’être arrêté, celle d’être à la merci des autres dans un espace où rien ne vous protège ? Quatre jours plus tard, autre dépêche. Le même responsable politique qui cherche à éradiquer le phénomène de Calais planche sur le contenu à donner à la notion d’identité nationale dont son ministère porte le nom. Parmi les idées présentées, « l’apprentissage indispensable de la Marseillaise par les immigrés, et la distribution massive de drapeaux français dans les stades lors des compétitions sportives » (article de Sylvain Besson, Le Temps, 28 avril). Qui dit mieux ? De l’autre côté de la frontière, les Bâlois propose de détecter les enfants qui ne parlent pas l’allemand avant l’école enfantine obligatoire et d’obliger leurs parents à les inscrire deux demi-journées par semaine dans une garderie pour y remédier (en aidant financièrement ceux qui en auraient besoin). Repérage précoce, pourquoi pas, mais n’y a-t-il pas d’autres difficultés que celles liées à l’apprentissage de la langue auxquelles il serait bon de pallier ? Et si autres difficultés il y a, ne concernent-elles vraiment que les enfants de migrant-e-s en provenance des pays non membres de l’Union Européenne ? Oui, l’approche la migration est un kaléidoscope. Les motifs géométriques et les couleurs sont toujours les mêmes, mais selon le mouvement que vous donnerez ou la façon dont votre regard se posera, l’image sera foncièrement différente. Marie Houriet Comme annoncé dans notre dernier numéro, le 24 mars dernier a marqué un tournant important dans la vie de notre association, puisqu’il s’agissait de la dernière Assemblée Générale présidée par Christiane Perregaux. Lors de cette soirée, Anne-Marie Barone a été élue à l’unanimité pour lui succéder. Présentations. Anne-Marie, peux-tu retracer rapidement les grandes étapes de ton parcours militant et professionnel jusqu’à aujourd’hui ? Le début de mon intérêt pour la politique remonte à la lointaine époque des années 1970, lorsque j’étais au Collège. Je retiens de cette période, en vrac, les mouvements de collégiens et d’étudiants, les grandes mobilisations contre la guerre au Vietnam, contre la dictature franquiste, et les débuts du mouvement féministe. Après des études de sciences politiques et de droit, j’ai travaillé comme avocate dans le domaine de la défense des locataires (à l’Asloca), des requérants d’asile, des salarié-e-s, des femmes. Dans les années 1980 et 1990, j’ai été active dans des associations de femmes, comme Viol-Secours et le Comité contre le harcèlement sexuel au travail. La solidarité internationale, le soutien aux luttes des peuples opprimés, notamment en Amérique latine et en Palestine font également partie depuis longtemps de mes centres d’intérêt. Qu’est-ce qui t’a conduit à accepter la proposition de devenir présidente du CCSI au départ de Christiane Perregaux ? A vrai dire, je n’ai jamais eu de vocation particulière à devenir Présidente ! Mes goûts personnels me porteraient plutôt à préférer le travail de terrain. Toutefois, ce serait mentir que de prétendre que je n’ai accepté cette offre que "pour rendre service". S’il est vrai que la présidence d’une association telle que le CCSI implique pas mal de travail, en partie ingrat, elle permet aussi d’être au cœur de la problématique et des débats actuels sur les questions liées à la migration, ce qui est passionnant. Comment vois-tu les principaux enjeux actuels dans le domaine de la migration ? Depuis la création du CCSI il y a 35 ans, le phénomène des migrations internationales a connu une évolution importante, dont on peut signaler certains aspects : la provenance des migrant-e-s, qui il y a 30 ans était essentiellement européenne, s’est étendue au monde entier, en particulier à ce qu’on appelle les pays "du Sud" ou du "tiers monde" ; la migration s’est féminisée : aujourd’hui la moitié des migrants dans le monde sont des femmes, et dans notre pays les femmes sont même majoritaires dans certains secteurs (tel que celui de l’économie domestique) ; Changement de Présidente au Centre de Contact les lois migratoires et sur l’asile en Europe et en Suisse ont abouti à créer une catégorie de plus en plus importante de migrant-e-s dépourvu-e-s de droits, précarisé-e-s et souvent surexploité-e-s, les travailleuses et travailleurs sans statut légal ; si le courant politique hostile à la présence des étrangers en Suisse n’est évidemment pas nouveau et était déjà actif dans les années 1970, il connaît aujourd’hui un regain d’influence, en raison notamment de la crise économique et des craintes (légitimes) qu’elle suscite dans la population, craintes qui sont détournées sur les boucs émissaires traditionnels que sont les migrant-e-s. Une des idées de base à l’origine de la création du CCSI (et qui se reflète dans son nom), à savoir mettre l’accent sur ce qui rapproche Suisses et immigré-e-s plutôt que sur ce qui les sépare, me semble être plus que jamais d’actualité. Lors de notre Assemblée Générale du 24 mars dernier, notre Présidente Christiane Perregaux a laissé la barre de ce bateau, presque navire, qu’est devenu aujourd’hui le Centre de Contact Suisses-Immigrés. La barre de notre navire a été reprise par une nouvelle capitaine, Anne-Marie Barone, femme courageuse s’il y en a car nous savons tous qu’il n’est pas facile de naviguer sur la mer turbulente qu’est la politique migratoire. Nous lui souhaitons la bienvenue et la remercions pour son courage ! Ceci étant dit, nous ne voulons pas laisser partir Christiane sans lui témoigner notre amitié et notre reconnaissance pour son long engagement auprès des migrant-e-s. Elle a été notre présidente pendant treize années (de février 1996 à mars 2009). Treize années d’engagement sans faille. Toujours au coeur de l’action, disponible, généreuse. Quelle richesse morale elle a su nous transmettre. Quel plaisir d’avoir pu travailler avec elle. Christiane laisse la barre du CCSI mais elle ne nous quitte pas, nous allons la retrouver encore autour d’autres combats, avec sa force et son engagement en faveur des droits des migrant-e-s, notamment l’éducation des enfants et les droits politiques. Merci Christiane, merci de tout coeur. Pilar Ayuso Audition sur la politique d’intégration La Conférence Tripartite des Agglomérations (CTA) s’interroge sur l’opportunité de disposer d’une loi fédérale sur l’intégration. Afin d’étudier la question, elle a organisé des forums régionaux pour récolter les avis sur différentes thèses susceptibles de figurer dans une loi fédérale sur le sujet. Marie Houriet y a participé au nom du CCSI et a suivi l’atelier sur la promotion spécifique de l’intégration, puis celui sur les questions liées au travail. Ce qui frappe dès qu’on aborde la question de l’intégration, c’est la prépondérance accordée à l’apprentissage de la langue et à une bonne formation. Or dans le contexte actuel, la mise en avant constante de ces deux éléments est problématique. D’une part, l’apprentissage de la langue est de plus en plus utilisé non pas comme un biais pour aider les migrant-e-s, mais comme un levier d’exclusion : la proposition de révision de la LEtr, qui fait dépendre l’octroi du permis C de la bonne maîtrise de la langue, illustre parfaitement cette logique. D’autre part, l’accent mis sur la formation repose sur le préjugé implicite que les étrangères et étrangers de ce pays ne seraient pas qualifié-e-s, ce qui est inexact. Beaucoup de migrant-e-s ne parviennent pas à avoir un poste de travail correspondant à leur niveau de formation… tout comme des Suisses d’ailleurs. Aussi importante que soit la formation dans un parcours professionnel, elle est insuffisante pour appréhender l’insertion dans le monde du travail tant qu’on ne prend pas en compte la dimension structurelle qui caractérise ce marché, à savoir la fin du plein emploi. A partir de là, la question de l’intégration professionnelle devrait être pensée davantage en termes de non-discrimination et d’égalité des chances. En outre, les personnes présentes dans l’atelier ont unanimement estimé que les contrats d’intégration sont à proscrire. Malgré les bonnes intentions déclarées, ils ne font que renforcer l’approche soupçonneuse et paternaliste en vogue à l’égard des migrant-e-s, puisqu’ils sous-entendent qu’il est nécessaire de les « inciter à s’intégrer » - sans compter qu’ils ne concernent que les ressortissant-e-s des pays hors Union Européenne et renforcent donc la discrimination entre catégories de migrant-e-s. Enfin, la nécessité d’inclure dans une politique d’intégration les requérant-e-s d’asile et les Sans-Papiers a été soulignée. D’autres mesures pourraient par contre être développées, comme l’inclusion systématique des réalités liées à la présence des populations migrantes dans la formation de tous les professionnel-le-s : employé-e-s de commerce, enseignant-e-s, personnel soignant, etc. Il faudrait également chercher des formes d’évaluation de la prise en compte des réalités migratoires (non-discrimination notamment) dans notre pays. La question sous-jacente à cette journée reste celle de savoir s’il faut ou non une loi fédérale sur l’intégration des étrangers. Des velléités en ce sens existent à Berne. Si une telle loi devait être élaborée, il faudrait chercher à influencer son contenu pour éviter une approche trop restrictive. Les participant-e-s à la journée, comme celles et ceux des trois autres forums régionaux, ont fait part de leur scepticisme à l’idée d’une telle loi, compte tenu du contexte politique adverse. Ne faudrait-il pas alors carrément refuser d’entrer en matière sur le sujet ? Il faudra évaluer en temps voulu laquelle de ces deux stratégies sera la mieux à même de répondre à la suite des événements. Et si l’on s’inspirait de Durban II ? La Conférence de Durban II sur le racisme a déplacé la question du racisme sur le terrain de la politique internationale. L’attitude de la Suisse a ainsi été analysée sous l’angle de sa gestion de l’événement : fallait-il ou non que le Président de la Confédération rencontre son homologue iranien, la délégation helvétique devait-elle quitter la salle suite aux déclarations de ce dernier, etc. Aussi aiguës que soient les questions soulevées par le conflit israélo-palestinien, il est regrettable que ces enjeux aient masqué d’autres problématiques. La Déclaration finale de la Conférence, même si elle énumère un certain nombre de lieux communs (du moins pour des yeux non avertis des subtilités des arcanes onusiennes), contient quelques points intéressants qui auraient pu ramener le débat public sur notre réalité. Elle met en avant la préoccupation devant l’augmentation des incitations à la haine dirigées contre des communautés raciales et religieuses, et des personnes appartenant à des minorités, notamment dans les média (paragraphe 68) et rappelle que c’est aux gouvernements qu’il incombe de défendre et protéger les droits des personnes contre des délits racistes ou xénophobes (paragraphe 9). En conséquence de quoi sont énumérées une série de demande envers les Etats : retirer les réserves à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (paragraphe 39) ; or la Suisse a émis des réserves pour ne pas devoir modifier sa législation, notamment en matière de politique migratoire ; mener des campagnes efficaces auprès de la presse afin de renforcer la lutte contre les manifestations de racisme (paragraphe 55) ; protéger les droits fondamentaux de tous les migrants quel que soit leur statut au regard de la législation sur l’immigration (paragraphe 74) ; prendre des mesures pour combattre la persistance des attitudes xénophobes à l’égard des étrangers et des stéréotypes négatifs les concernant, notamment de la part des politiciens, des agents chargés de l’application des lois, du personnel des services d’immigration et des médias (paragraphe 76) ; adopter une approche globale et équilibrée de la migration, réviser les politiques d’immigration non conformes aux obligations internationales en matière de droits de l’homme (paragraphe 77 et 78) ; adopter des nouvelles lois visant à protéger les travailleurs domestiques migrants quel que soit leur statut au regard de la législation sur l’immigration, en particulier les femmes ; leur permettre d’avoir accès à un mécanisme de recours contre leurs employeurs sans que ceci ne représente un danger pour celui ou celle qui l’actionne ; enquêter rapidement sur les abus y compris les mauvais traitements, et punir leurs auteurs (paragraphe 79). Lors de l’examen de la Suisse en septembre 2008, le Comité pour l’Elimination de la Discrimination Raciale (CERD) avait interpellé les autorités sur ces points, en demandant également la création d’une institution chargée de coordonner la lutte contre le racisme, dotée de moyens suffisants. Ce Comité avait déploré « l’absence de progrès tangibles dans la lutte contre les attitudes racistes et xénophobes envers certaines minorités, dont les Noirs, les musulmans, les gens du voyage, les immigrés et les demandeurs d’asile ». Il notait également que « le droit de se marier et de fonder une famille n’est pas suffisamment protégé en ce qui concerne les étrangers qui ne viennent pas d’Etats de l’Union Européenne » et encourageait la Suisse à veiller à ce que les politiques et lois d’immigration n’établissent pas, intentionnellement ou non, des discriminations. Enfin, le CERD rappelait les limites de la liberté d’expression et faisait part de sa préoccupation face au rôle joué par certains partis et associations politiques dans la montée du racisme et de la xénophobie. On le voit, il y aurait du bon à s’inspirer du processus de Durban. Mais pour l’instant, la Suisse n’en prend pas le chemin. Les conditions réservées aux travailleuses et travailleurs domestiques sont souvent déplorables, qu’il s’agisse de migrant-e-s sans statut légal ou de personnel domestique toléré à des conditions drastiques (leur permis leur interdit par exemple de vivre avec leur enfant ou leur conjoint). Dans le domaine de la politique migratoire, une révision de la LEtr et de la LAsi impliquant de nouvelles restrictions et exigences est en cours. Parallèlement, l’initiative Toni Brunner, qui vise à empêcher les mariages avec des personnes sans papiers au nom de la lutte contre les unions de complaisance, a été acceptée en mars par le Conseil National. Les milieux de défense des migrant-e-s ont dénoncé en vain une atteinte à un droit fondamental - la Plateforme nationale des Sans-Papiers, à laquelle participe le CCSI, a élaboré à cet effet un dossier à l’attention des parlementaires fédéraux. Il ne reste hélas guère de doute sur l’issue du vote du Conseil des Etats, qui aura lieu en juin prochain. Sur le front des tribunaux, la jurisprudence du Tribunal Fédéral a révélé ces dernières années une application des plus sévères des lois migratoires. Par contre, ce même Tribunal vient de débouter le Ministère public valaisan (excusez du peu) dans l’affaire de l’affiche UDC qui tournait en dérision une manifestation de musulmans prosternés devant le Palais Fédéral, avec le slogan « Utilisez vos têtes ! Votez UDC, Suisse toujours libre ». Si le sujet de l’image avait été le Pape, l’issue des délibérations aurait-elle été la même ? Ce climat hostile fait l’objet d’une sorte de consensus sous prétexte de ne pas faire dans le politiquement correct ou de ne pas tomber dans l’angélisme, deux reproches que les média s’évertuent à éviter, fût-ce au prix fort… pour les autres. Les partis politiques ne sont pas offensifs face aux attaques dont les étrangères et les étrangers font les frais, trop occupés à démontrer « qu’eux aussi prennent au sérieux le problème de l’immigration » - contrairement aux problèmes des migrant-e-s. Remplir les hôtels genevois, c’est bien. Assumer sa place sur la scène internationale, pourquoi pas. Mais Durban II gardera un goût amer de promesses non tenues tant que la Suisse se limitera à jouer l’hôtesse parfaite et à offrir ses bons offices pour résoudre les affaires des autres, sans affronter ses propres démons. Recherche de benevoles militant/es La réalité des migrant-e-s à Genève vous intéresse ? Nous avons besoin de renfort et cherchons des bénévoles militant-e-s prêts à s’investir aux côtés de notre petite équipe de professionnels : une personne pour l’accueil tous les vendredi matin de 08h30 à 11h30
Une personne en pré-stage pour l’HETS (général ou spécifique)
Contactez-nous pour un entretien ou plus d’informations : Charlotte Wirz Centre de Contact Suisses-Immigrés 25 rte des Acacias 1227 Acacias Tél. 022/304 48 60 - admin@ccsi.ch Le paiement de votre cotisation (Fr. 60.—) ou un don sont aussi des manières efficaces de marquer votre soutien ! D’avance un grand merci. CCP 12-21188-7 |