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L’histoire de Fernando Hernandez Duarte (2ème cercle)
La Grande Ronde de la vie
2ème cercle
L’histoire de Fernando Hernandez Duarte Vous vous appelez Fernando. Vous venez de Colombie, vous avez 58 ans. Vous habitez un quartier de Bogota, la capitale du pays. Vous y tenez un petit commerce qui fait aussi bistrot de quartier, avec votre femme, Maria Esperanza. Tout à l’heure, votre petit-fils Esteban rentrera de l’école. Vous ferez de votre mieux pour avoir un oeil sur lui tout en échangeant quelques mots avec les clients. Heureusement, le café est moins fréquenté à ces heures qu’à midi. Vous calculez. Il y a huit jours que vous n’avez pas eu de téléphone de Liliana, votre fille aînée. D’habitude, elle vous appelle deux fois par semaine, même brièvement. Ce silence vous préoccupe. Vous avez de la peine à vous concentrer sur les commandes. Il y a un an et demi que Liliana est partie pour Genève. Elle est partie seule, une vraie pionnière, "le temps de m’installer un peu, Papa, et je viendrai chercher Esteban". C’est ce qu’elle a dit. Vous, vous étiez terriblement triste de la voir partir à l’autre bout du monde. En même temps ici, les choses sont catastrophiques. La violence est toujours plus grande, les noms des morts sur les manchettes de journaux défilent sans plus étonner personne. Mais voir votre fille et votre petit-fils vivre si loin de vous, tout de même ! Vous avez hésité à la retenir. Puis avez appris que le beau-fils de votre soeur s’était fait tuer à la sortie du supermarché. Il laisse sa femme et leurs trois enfants. Alors vous avez renoncé à retenir Liliana, vous l’avez même encouragée : "Ne t’en fais pas, ma fille, nous nous occuperons d’Esteban." C’était, en principe, juste pour quelques mois. Comment va Liliana ? Difficile de le savoir. Même à sa mère, elle parle peu. Elle dit toujours qu’elle est contente, mais n’est pas très bavarde. A sa voix, vous sentez que c’est dur. Au début, elle faisait des ménages. Depuis quelques mois, elle a été engagée par une famille pour garder leurs enfants. L’aîné a un nom compliqué, vous ne le retenez jamais. Vous savez seulement qu’il a le même âge qu’Esteban : deux ans depuis juillet dernier. Vous soupirez. Ce n’est pas un âge pour vivre si loin de sa maman. Au téléphone, Liliana ne parle que de lui, veut tout savoir : s’il mange bien, s’il est en bonne santé, s’il a dit de nouveaux mots. Vous la rassurez de votre mieux, en espérant que le petit ne pleurera pas au téléphone. Ça lui arrive quelquefois. Enfin, surtout juste après le départ de Liliana. C’est moins fréquent, maintenant. Vous posez toujours les mêmes questions : et alors, tu as trouvé un logement plus grand ? "Pas encore, Papa, pas encore. Sans les papiers, c’est difficile, tu comprends ?" Vous comprenez. Enfin, à moitié. Personne n’avait parlé de cette histoire de papiers avant son départ. Il paraît que la Suisse ne donne pas de permis de séjour à ceux qui viennent d’Amérique latine. Même s’ils ont du travail ! Liliana vous a expliqué : elle n’a pas le droit d’être en Suisse, elle doit faire attention. Trouver un logement sans papiers, c’est très difficile. Pour l’instant, elle partage une chambre avec une autre Colombienne. Si plus tard elle arrive à avoir un coin à elle toute seule, elle fera venir Esteban à Genève. D’ici là, elle doit être prudente. En cas de contrôle par la police, comme elle n’a pas de permis, elle pourrait se faire renvoyer. Le téléphone sonne. C’est Liliana ! Ses patrons sont partis une semaine en vacances, elle les a suivis à cause des enfants, n’a pas pu appeler comme d’habitude. Mais elle va bien. Est-ce qu’elle peut parler à Esteban, maintenant ? La communication coûte assez cher, elle ne peut pas faire trop longtemps.
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