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L’histoire de Marita (2ème cercle)
La Grande Ronde de la vie
2ème cercle
L’histoire de Marita C’est à cause de ce qui est arrivé à votre sœur que vous êtes en Suisse. Vous, vous avez grandi aux Philippines, dans une famille de la classe moyenne. Vous adoriez votre sœur aînée. Aussi, lorsqu’elle a annoncé son mariage, étiez-vous partagée : heureuse pour elle, mais triste de la voir s’en aller de la maison. Le rêve a vite tourné au cauchemar. Votre beau-frère était violent, la battait. Régulièrement, votre sœur venait vous voir, à la sauvette, en pleurs. Votre mère tentait de l’encourager, l’incitait à la patience. Et puis l’année dernière, le drame : des coups plus violents, une atteinte cérébrale. Votre sœur a des séquelles irrémédiables. Et son mari, bien sûr, l’a quittée ! Vous avez décidé que ce sort ne serait jamais le vôtre. Vous aviez entendu parler de femmes qui partaient pour l’Europe. Une connaissance était installée à Genève. Vous avez pris contact avec elle, elle a assuré qu’elle vous chercherait quelque chose. Il y a deux ans, elle a appelé : ça y est, j’ai parlé à mon supérieur, il dit qu’il y a une place pour toi. L’entreprise, c’était une blanchisserie. Le travail y était dur. Etre debout en permanence, soulever des kilos de linge à longueur de journée, et pour le repassage, utiliser des fers à vapeur spéciaux. Certains jours, la chaleur vous abrutissait. Mais vous ne vous plaigniez pas. Par contre, lorsque le patron a commencé à ergoter sur le salaire parce que vous n’aviez pas de papiers, vous m’avez pas compris. Vous vous êtes informée. On vous l’a confirmé : la Suisse ne délivre plus de permis de séjour pour les extra-Européens, sauf si les personnes sont hautement qualifiées. Deux fois, vous n’avez pas été payée. Sans rien pouvoir faire, sans pouvoir porter plainte - vous risquiez d’être expulsée du pays. Vous vous rappeliez votre sœur. Vous avez tenu bon. Maintenant, vous avez trouvé autre chose. Vous vous occupez d’Yvette H., une pharmacienne retraitée qui a maintenant quatre-vingts ans. Grâce à vous, elle a pu rester chez elle. Vous vous entendez bien, même si parfois vous aimeriez être en contact avec des gens de votre âge. Vous travaillez six jours par semaine et n’avez que peu de loisirs à vous. Et puis, comme vous logez chez Yvette, vous n’avez pas trop l’occasion de voir des jeunes. Lorsque vous aidez Yvette à sa toilette, vous pensez quelquefois à votre sœur. Elle non plus n’est plus autonome. Vous savez que c’est votre mère qui s’occupe d’elle. Vous n’avez pas oublié votre révolte. Pour rien au monde vous ne retourneriez à cette vie-là. Vous voulez un autre avenir, pour vous peut-être, en tout cas pour vos enfants. Ici, c’est dur, mais vous ne regrettez pas d’être venue. Un jour, Yvette vous demande quel est votre souhait le plus cher. Vous n’avez aucune hésitation : "Obtenir un permis pour pouvoir vivre en paix à Genève". |