Centre de Contact Suisses-Immigrés
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L’histoire d’Adelaïde (1er cercle)
 
 
 
 

La Grande Ronde de la vie
Adelaïde
1er cercle

 

L’histoire d’Adelaïde

La manifestation défile sous vos fenêtres. "Des permis pour les Sans-Papiers", clame une banderole.

Cela vous fait tout drôle. Pendant plusieurs années, vous avez vous aussi vécu clandestinement à Genève. Vous y avez passé vos années de jeunes mariés, avec Antonio. Il faisait partie de la cohorte des saisonniers qui partaient travailler à l’étranger. En principe, vous n’aviez pas le droit de le suivre. Comme des milliers de femmes italiennes, espagnoles et portugaises, vous êtes partie quand même, vous avez subi la clandestinité. Pour vous, il était hors de question que votre petite famille soit séparée.

Sans permis, il était difficile de faire quelque chose. On se débrouillait comme on pouvait, à se transmettre des tuyaux, des adresses. Une fois qu’on commençait par un bout, les choses s’enchaînaient doucement : une après-midi de ménage hebdomadaire chez les N., et après quelque temps, d’autres propositions de travail arrivaient : "Nous avons des connaissances qui cherchent quelqu’un pour l’entretien du jardin, ça vous intéresse ?" Les patrons, il y avait à boire et à manger. Certains étaient pinailleurs et hautains. D’autres, chaleureux. La plupart pourtant annonçaient toujours leur départ en vacances à la dernière minute : "Ah, Adelaïde, il n’y a pas besoin de venir la semaine prochaine, nous sommes au chalet." En été, c’était un peu le désert. Financièrement, vous sentiez durement passer cette période creuse. Le reste de l’année, ça allait. Sauf cette épée de Damoclès toujours suspendue : la peur d’être dénoncée, renvoyée.

Vous regardez passer les manifestants, plus émue que vous ne le pensiez. Vos souvenirs remontent à la surface. Il y a beaucoup de femmes de type latino-américain dans le cortège. Ce sont elles maintenant qui font les ménages ou gardent les enfants. Avec votre passeport portugais, vous faites partie désormais de la grande famille européenne. Pour des gens comme vous, les portes sont maintenant ouvertes. Les damnés du reste du monde continuent à frapper en vain pour qu’on déverrouille les frontières.

 
 

 
 
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